Ces derniers jours, l’observateur de l’actualité financière avait quelques motifs de perplexité: alors que les gouvernements américain et européens s’agitaient pour sauver leurs banques et tissaient dans l’urgence de gigantesques filets de sauvetage, en Suisse le calme régnait.
Un ministre des finances hospitalisé, remplacé dans l’heure par sa suppléante au gouvernement, une Banque nationale suisse et une Association suisse des banquiers affichant une sérénité sans faille semblaient suffire à épargner au pays les secousses qui déstabilisent l’étranger.
Les banques suisses étant bien capitalisées, l’épargnant n’avait pas à s’inquiéter même si la garantie des dépôts ne couvre que 30000 francs par épargnant dans chaque banque et que le bilan de l’UBS pesait encore il y a peu quelque 500% du PIB suisse...
En fait, les autorités travaillaient dans le calme au plan de sauvetage de l’UBS. La banque aux trois clés va lever 6 milliards de francs d’argent frais avec une émission de MCN (obligations à conversion forcée) entièrement placée auprès de la Confédération suisse et, surtout, elle va se débarrasser de 60 milliards de dollars d’actifs aujourd’hui considérés comme pourris par les marchés, via un fonds spécifique créé à cet effet sous la responsabilité de la BNS.
Les 60 milliards de dollars de capital de ce fonds seront souscrits à hauteur de 6 milliards par l’UBS, les autres 54 milliards provenant d’un prêt sans recours de la BNS à cette même banque. En fait, dans l’immédiat, c’est la Confédération et la BNS qui paient.
L’opération est toutefois doublement astucieuse pour les finances publiques et la banque nationale. L'UBS versera un coupon de 12,5% sur les obligations convertibles souscrites par la Confédération. Par ailleurs, la BNS va chercher à vendre progressivement les actifs contenus dans le fonds spécial: ils ne valent pas grand'chose aujourd’hui, mais leur valeur pourrait augmenter si les marchés financiers reviennent à un fonctionnement moins chahuté. Dans cet heureux cas de figure, le premier milliard de bénéfice reviendrait à la BNS et l'argent éventuellement encore gagné en plus serait partagé à parts égales entre elle et l'UBS. La Banque nationale suisse contribue ainsi à la stabilité du système financier international en évitant à l’UBS de devoir brader dans l’urgence cette masse d’actifs, ce qui aurait abouti à faire baisser encore plus leur prix sur le marché et à affaiblir d’autres établissements financiers détenant le même type de titres.
Mieux: les actionnaires actuels d’UBS ne seront pas pénalisés et ses créanciers obligataires peuvent désormais respirer un peu mieux. Le tout sans passer par la nationalisation formelle d’une banque qui aurait fait un peu désordre.
Une opération efficace, instruite dans la discrétion et qui renforce, en sus, l’image de solidité de la place financière suisse.
L'Instantané du 16 octobre 2008

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