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Rédigé à 16:52 dans Pages publiées dans L'Hebdo | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Certains clients suisses de la Banque Kaupthing vivent dans l’angoisse de ne jamais revoir leur argent. Ceux qui ont confié plus de 30 000 francs à la succursale genevoise de la filiale luxembourgeoise de cette banque.
L’établissement s’était fait remarquer en juin en proposant un taux alléchant de 4% sur l’épargne en ligne. Entre-temps, la tourmente financière a englouti la Kaupthing: elle a dû être nationalisée par le Gouvernement islandais…
La CFB est intervenue le 9 octobre pour protéger les déposants. Ceux qui détenaient moins de 5000 francs ont été remboursés. Les avoirs compris entre 5000 et 30 000 francs relèvent, eux, de la garantie des dépôts.
L’affaire constitue un premier test de la capacité des banquiers à se mobiliser rapidement pour indemniser des épargnants. Luc Thévenoz, directeur du Centre de droit bancaire et financier, rappelle dans une récente analyse qu’aucun fonds n’étant constitué à l’avance, la mise en œuvre de la garantie passe par une demande de contribution aux autres banques *. Une solidarité limitée: le montant maximal de la protection accordée à tous les dépôts de toutes les banques en Suisse n’est que de 4 milliards de francs: l’équivalent de 133 333 dépôts de 30 000 francs...
Suffisant en période de grand calme, ce mécanisme n’est pas adapté pour protéger l’épargne dans une crise systémique.
*http://www.unige.ch/droit/cdbf
Décryptages du 23 octobre 2008
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Depuis la faillite de Lehman Brothers - et ses conséquences désastreuses en termes de destruction de valeur sur les marchés financiers - la grande majorité des investisseurs s'est convaincue que les autorités publiques des différents pays ne permettront pas la défaillance d'un autre acteur d'envergure.
De fait, les plans de sauvetage se sont multipliés et les gouvernements ont implicitement garanti la pérennité des plus grandes banques; à coup de centaines de milliards de francs.
Résultat: les CDS couvrant l'éventuelle défaillance financière des Etats ont désormais la cote. Certains spécialistes des marchés obligataires estiment même que les risques systémiques engendrés par la crise sont passés du secteur financier aux Etats.
D'où leur conseil de délaisser les obligations gouvernementales, trop peu rentables en regard des risques désormais pris, pour se rabattre sur celles émises par les grandes banques, moins dangereuses qu'elles n'en ont l'air.
Chassez le marché par la porte et il revient par la fenêtre...
L'Instantané du 22 octobre 2008
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20 millions d’emplois perdus dans le monde d’ici à la fin 2009: c’est l’estimation avancée par Juan Somavia, le directeur général du BIT. Le nombre de chômeurs pourrait ainsi passer de 190 millions à 210 millions en un peu plus d’une année. La phase d’impact de la crise financière sur l’économie réelle ne fait que commencer.
Cette première estimation de la hausse du chômage mondial se base sur les prévisions actuelles de croissance économique établies par le FMI et différents organismes de prévision. La destruction de postes de travail pourrait être plus importante si rien n’est fait pour soutenir les petites entreprises, celles qui créent le plus d’emplois dans le monde.
D’autant qu’avant le déclenchement de la crise financière, l’emploi était déjà le parent pauvre d’une croissance économique mondiale pourtant soutenue entre 2002 et 2007. Période pendant laquelle le niveau de chômage était resté à peu près constant.
Après avoir su se concerter pour voler efficacement au secours des banques, les grandes organisations internationales et les gouvernements ne peuvent pas faire l’économie d’une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour soutenir les êtres humains qui vont pâtir de la crise. D’abord les plus pauvres: le nombre de ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour pourrait augmenter de 40 millions, tandis que le nombre de ceux qui se contentent de moins de deux dollars pourrait gonfler de 100 millions. Les «working poor» des pays développés seront également fragilisés; de même que les nombreux membres des classes moyennes confrontés conjointement à une perte d’emploi et à une menace de diminution de leur future pension de retraite.
L'Instantané du 21 octobre 2008
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Plusieurs rencontres internationales sont prévues ces prochaines semaines pour tenter de réformer le système financier international.
Un Bretton Woods II serait d'emblée voué à l'échec s'il n'était concocté que par les ex- "Grands" de ce monde: Etats-Unis, Europe, Japon.
La Chine - mais aussi le Brésil, la Russie ou les pays du Golfe - ont aujourd'hui leur mot à dire sur l'avenir de la planète finance. Ne serait-ce que parce qu'une bonne part des bons du Trésor américains ou des titres de Fannie Mae et Freddie Mac sont en mains chinoises. Et que les fonds souverains de certains pays arabes richissimes ont volé récemment au secours de banques occidentales très affaiblies...
L'avenir du dollar, jusque-là monnaie de réserve incontestée du monde entier, c'est aussi celui des investissements massifs aux Etats-Unis des Etats anciennement émergents détenteurs d'une belle épargne .
L'Oncle Sam serait-il en mesure de rembourser tous ses créanciers sans être, de fait, en banqueroute ? Le dialogue s'impose et, avec lui, le partage implicite de la puissance.
L'Instantané du 20 octobre 2008
Rédigé à 09:51 dans L'Instantané | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
«Comment devenir riche en peu de temps?» A cette question simple, la réponse a souvent été simpliste : «En faisant jouer au maximum l’effet de levier».
S’endetter à un taux d’intérêt inférieur à la rentabilité que l’on obtient de son activité économique (pour une entreprise), de ses placements sur les marchés financiers (pour un hedge fund), de la société que l’on achète (pour un fonds de Private Equity) ou de son investissement immobilier (pour un simple particulier) permet de gagner plus que par un financement en fonds propres: en empochant la différence entre le taux d’intérêt payé sur l’emprunt et le résultat ou la plus-value réalisé(e).
C’est ainsi que les dettes gonflent lorsque tout va bien: celles des entreprises comme celles des ménages. Pourquoi se priver des bienfaits de l’effet de levier? Parce qu’il se transforme en coup de massue lorsque la situation économique vire au vinaigre...
Les actifs ne couvrent plus le montant de la dette, la rentabilité économique de l’activité ou du placement devient inférieure au taux d’intérêt à acquitter sur l’emprunt en cours. C’est ce que vivent déjà de nombreuses familles aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Espagne et ce que nombre d’entreprises pourraient douloureusement expérimenter sous peu, prises en tenaille entre la chute de leur capitalisation boursière et le ralentissement de leur activité.
Epurer les excès d’une économie dopée à la dette prendra du temps. Et pour cause: les réductions de taux d’intérêts par les banques centrales ne pourraient relancer l’activité que si l’appétit pour l’emprunt revenait.
Mais les trop nombreuses victimes du gavage par la dette n’en sont encore qu’au stade des nausées, avant celui du lavage d’estomac. Elles y réfléchiront à deux fois avant de se remettre à table.
L'Instantané du 17 octobre 2008
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Ces derniers jours, l’observateur de l’actualité financière avait quelques motifs de perplexité: alors que les gouvernements américain et européens s’agitaient pour sauver leurs banques et tissaient dans l’urgence de gigantesques filets de sauvetage, en Suisse le calme régnait.
Un ministre des finances hospitalisé, remplacé dans l’heure par sa suppléante au gouvernement, une Banque nationale suisse et une Association suisse des banquiers affichant une sérénité sans faille semblaient suffire à épargner au pays les secousses qui déstabilisent l’étranger.
Les banques suisses étant bien capitalisées, l’épargnant n’avait pas à s’inquiéter même si la garantie des dépôts ne couvre que 30000 francs par épargnant dans chaque banque et que le bilan de l’UBS pesait encore il y a peu quelque 500% du PIB suisse...
En fait, les autorités travaillaient dans le calme au plan de sauvetage de l’UBS. La banque aux trois clés va lever 6 milliards de francs d’argent frais avec une émission de MCN (obligations à conversion forcée) entièrement placée auprès de la Confédération suisse et, surtout, elle va se débarrasser de 60 milliards de dollars d’actifs aujourd’hui considérés comme pourris par les marchés, via un fonds spécifique créé à cet effet sous la responsabilité de la BNS.
Les 60 milliards de dollars de capital de ce fonds seront souscrits à hauteur de 6 milliards par l’UBS, les autres 54 milliards provenant d’un prêt sans recours de la BNS à cette même banque. En fait, dans l’immédiat, c’est la Confédération et la BNS qui paient.
L’opération est toutefois doublement astucieuse pour les finances publiques et la banque nationale. L'UBS versera un coupon de 12,5% sur les obligations convertibles souscrites par la Confédération. Par ailleurs, la BNS va chercher à vendre progressivement les actifs contenus dans le fonds spécial: ils ne valent pas grand'chose aujourd’hui, mais leur valeur pourrait augmenter si les marchés financiers reviennent à un fonctionnement moins chahuté. Dans cet heureux cas de figure, le premier milliard de bénéfice reviendrait à la BNS et l'argent éventuellement encore gagné en plus serait partagé à parts égales entre elle et l'UBS. La Banque nationale suisse contribue ainsi à la stabilité du système financier international en évitant à l’UBS de devoir brader dans l’urgence cette masse d’actifs, ce qui aurait abouti à faire baisser encore plus leur prix sur le marché et à affaiblir d’autres établissements financiers détenant le même type de titres.
Mieux: les actionnaires actuels d’UBS ne seront pas pénalisés et ses créanciers obligataires peuvent désormais respirer un peu mieux. Le tout sans passer par la nationalisation formelle d’une banque qui aurait fait un peu désordre.
Une opération efficace, instruite dans la discrétion et qui renforce, en sus, l’image de solidité de la place financière suisse.
L'Instantané du 16 octobre 2008
Rédigé à 08:15 dans L'Instantané | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué: le monde est en crise. Les Etats sortent des dizaines de milliards de leurs chapeaux – qu’on n’aurait jamais crus si profonds lors des débats sur l’avenir des retraites – pour renflouer des banques. Pas grave, c’est virtuel !
Cette économie-là n’est pas réelle: elle travaille dans l’abstrait, les milliards n’existent pas vraiment. D’ailleurs, cette chronique non plus: qu’y a-t-il de plus virtuel qu’une opinion transmise par la presse… Les employés de l’économie virtuelle gagnent, certes, de l’argent qu’il leur arrive de dépenser dans une entreprise de l’économie réelle: disons, une boulangerie. Mais, tout bien pesé – entend-on ces jours – le monde se porterait mieux si l’on tordait le cou à un «certain» capitalisme aussi virtuel que complexe.
En attendant de sommer les banquiers de cesser de produire le vent qui déclenche les tempêtes, les Etats tentent d’injecter un peu d’air dans un système au bord de l’asphyxie. Une asphyxie tout sauf virtuelle, susceptible de faire plonger en récession de nombreux pays. Leurs gouvernants sont perplexes. Ils ne savent pas vraiment s’ils doivent sauver en priorité les actifs des banques, les droits de leurs créanciers obligataires, les dépôts des épargnants ou la si capricieuse confiance.
A ce stade, un appel courageux s’impose: «N’hésitons plus à imposer la virtualité à la complexité!»
Décryptages du 16 octobre 2008
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