«Actionnaires, économistes, journalistes: dormions-nous?» La crise a creusé des cratères dans les portefeuilles. A la stupéfaction de nombreux actionnaires, douloureusement tirés de leur train-train d’encaisseurs de plus-values. A commencer par les fonds de pension, pourtant adeptes d’un dialogue nourri avec les directions des grandes entreprises pour infléchir les stratégies vers une création de richesse à long terme. Les quelques-uns qui soulignaient, avant le séisme, les risques de l’énorme bulle des dérivés de crédits passaient plus pour des peine-à-jouir que pour des visionnaires. Et qui a dénoncé la multiplication de LBO avec un maximum d’effet de levier pour se payer sur la bête? Aujourd’hui, il est de bon ton dans les assemblées générales de réclamer un contrôle des rémunérations des patrons. Débat utile et éthique : mais est-ce le thème prioritaire? Ne serait-il pas plus urgent de s’inquiéter de la survie d’entreprises plombées par leur dette ou une gamme de produits devenue obsolète? Et d’imaginer les effets de leurs possibles faillites? Oser rappeler qu’on a peu de chances de guérir une crise de l’hyperdette par une explosion de la création de monnaie tient quasiment du mauvais esprit. Il paraît que les marchés vont vers le mieux. Et le devoir de curiosité n’est pas coté en Bourse.
Décryptages du 28 mai 2009
