Creux de vague ou morne plaine? Dans sa terrible chute, l’économie mondiale a atteint le point où la vitesse ralentit avant le contact avec le sol. De quoi déclencher l’enthousiasme «post bottom», puissant carburant du rebond boursier de ces dernières semaines. Car, après le plancher, vient... autre chose. La suite de la trajectoire est voilée de doutes. En ânonnant l’alphabet des crises – V, W ou L – les économistes ne reflètent guère que leur intime conviction. Les indéfectibles optimistes rêvent d’une reprise violente, à l’image du bras ascendant du «V» de la victoire. Les techniciens anticipent sans passion le sage double rebond d’un fond de «W». Quand les pessimistes se demandent avec angoisse si la branche horizontale d’un «L» est systématiquement moins longue que sa partie verticale. A épeler les rudes consonnes de la crise, on en oublierait presque de discerner ses voyelles. Bien cachées, mais incontournables pour mettre la si espérée reprise en mots et en actions. Le «I» d’innovation, sans lequel l’économie comme toute action humaine ne serait que morne répétition. Le «E» d’espoir, bien utile pour construire malgré la peur. Et le «A» d’avenir. Seule certitude: cet inconnu déboulera sous une forme que personne n’aura imaginée.
Décryptages du 4 juin 2009

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