«Too big to fail». L’adage a longtemps servi d’assurance tous risques à des banques géantes dopées aux gains faciles. Trop grosses pour imaginer que l’on puisse les laisser tomber, elles ont joué – et certaines perdu – au bord de la limite rouge du hasard moral. L’effondrement d’une grande banque serait un séisme trop traumatisant pour qu’une autorité de régulation imagine assister en spectatrice aux convulsions de la géante terrassée. Pas même aux Etats-Unis où Citigroup ne pèse, somme toute, que 15% du PIB. Un poids assez important pour mobiliser les pompiers de la Fed et du Trésor. Les établissements plus modestes inspirent moins de compassion: depuis le début de l’année, 40 banques ont fait faillite chez l’Oncle Sam, trop petites pour que leur décès affole les corbeilles. En Suisse, les grandes banques sont encore plus imposantes qu’ailleurs: le bilan de l’UBS pèse à lui seul 4 fois le PIB du pays, celui cumulé des deux géants bancaires 6 fois la totalité de la création de valeur, et le secteur bancaire dans son ensemble 8 fois. L’adieu aux grosses pourrait pourtant sonner. Les banques centrales osent désormais évoquer des démantèlements en douceur de géants fragilisés, s’ils devenaient «Too big to rescue». Et si sauver l’essentiel – dépôts et circulation de la monnaie – devait s’imposer comme ultime impératif moral.
Décryptages du 25 juin 2009
