Présenté le 20 avril, le projet de loi «too big to fail» du Conseil fédéral va entamer son parcours devant le Parlement pour une entrée en vigueur espérée en 2012. Crise oblige, le poids des deux grandes banques dans l’économie suisse s’est un peu allégé. Il reste toutefois considérable: les bilans cumulés d’UBS et du Credit Suisse représentent encore 2, 5 fois le PIB et plus de 21 fois les recettes de la Confédération. Le coût du sauvetage d’un géant bancaire étant jugé aussi prohibitif que moralement contestable, les banques devront désormais prévoir elles-mêmes des plans de crise organisant leur possible démantèlement et constituer des réserves de fonds propres suffisantes pour parer aux gros coups de tabac. Les coussins de sécurité à la mode helvétique seront bien plus rembourrés que ceux prévus par Bâle III: d’ici à 2018, le montant global de fonds propres exigés ici devrait atteindre 19% des actifs pondérés du risque, contre 10,5% imposés par les nouvelles règles internationales.
Mais la loi laissera une belle marge de manœuvre aux banques pour constituer les 9% de fonds dits hybrides, ceux allant au-delà des 10% de fonds propres de qualité supérieure constitués d’actions. Il pourra s’agir d’obligations susceptibles de perdre une grande partie de leur valeur en cas de graves difficultés de la banque ou des désormais fameux CoCos (Contingent Convertible bonds), ces emprunts à conversion obligatoire sous certaines conditions. Alors que les CoCos ont la faveur du Credit Suisse, UBS n’en veut pas. La banque aux trois clés affirme qu’en cas de problème - et donc de conversion jugée imminente des CoCos en actions - les hedge funds et autres vendeurs à découvert parieraient en masse contre l’action. Elle dévisserait alors sévèrement, accentuant les difficultés de la banque.
De fait, avec les CoCos l’actionnaire prend un risque de dilution de son titre; alors qu’avec des obligations à amortissement forcé ce sont les créanciers obligataires qui acquitteraient le gros de la facture si la banque frôlait la faillite. CoCos, obligations à amortissement forcé prévu dès l’émission ou classiques obligations bancaires: à l’investisseur d’ouvrir l’œil. Avec des coupons offrant près de 8% en francs suisses, les CoCos du Credit Suisse offrent une rémunération très alléchante: à la hauteur du risque endossé.
(Décryptages du 27 avril 2011)
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