L’arrestation à New York du directeur général du FMI inquiète les intervenants sur les marchés. Bien que sa direction s’en soit immédiatement défendue, le Fonds monétaire est déstabilisé. A un moment où son soutien à l’élaboration d’une solution pour desserrer la contrainte de la dette sur la Grèce est essentiel.
La montée des inquiétudes s’est tout de suite traduite par une poussée du franc suisse face au dollar et à l’euro. A 1,2538 franc pour 1 euro et 0,8810 pour 1 dollar, le lundi 16 mai, le franc est très fort. Tout comme l’or – qui a repris des couleurs depuis le krach éclair sur les matières premières du 5 mai (lire L’Hebdo de la semaine dernière) – Dame Helvetia joue le rôle de refuge pour conserver la valeur. Surtout pour des investisseurs ayant une autre monnaie de référence. Depuis le début de la tourmente financière, un simple dépôt conservé en francs dans une banque solide a offert à la fois la sécurité et un confortable rendement à des épargnants visant de futures dépenses en billet vert ou en monnaie unique européenne. Les assureurs suisses affirment volontiers, ces temps, que des contrats d’assurance vie se contentant de garantir à l’échéance le simple montant nominal du capital placé au départ ont réellement la cote (lire l’interview du CEO de SwissLife). Et pour cause: alors que la garantie d’un dépôt bancaire est limitée à 100 000 francs par personne, celle accordée par la Confédération aux contrats d’assurance vie n’est, a priori, pas limitée.
Reste que des investisseurs bien informés qui acceptent de bloquer des sommes importantes pendant dix ans ou plus, en espérant juste récupérer leur mise à l’échéance, ne craignent en tout cas pas l’inflation... Les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique leur donnent raison. En avril, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,1% par rapport à mars et d’un très maigre 0,3% en rythme annualisé. Soit un sacré coup de frein à une putative hausse des prix, par rapport au déjà petit 1% d’inflation annuelle enregistré en mars ou au 1,4% d’avril 2010. Dans le même temps, l’Union européenne s’inquiète, elle, réellement d’un possible retour de la valse des étiquettes avec une progression annualisée de l’inflation de 2,8% ce même mois d’avril. En période de crise, avant de songer à dégager un confortable rendement de son épargne, il convient d’abord de la protéger. Pas si simple, dans un moment où des restructurations de dettes souveraines ou des faillites de banques sont ouvertement envisagées. Le franc n’a pas fini de séduire à l’étranger. Ce n’est une bonne nouvelle ni pour les entreprises exportatrices ni pour les épargnants et les caisses de pension d’ici.
(Décryptages du 19 mai 2011)
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