L’envolée du franc fait de nombreux malheureux dans les pays d’Europe de l’Est. Tous ceux qui, alléchés par des taux très doux, ont contracté un emprunt en franc. Leurs remboursements – convertis en forint, zloty ou kuna – deviennent insupportables en regard de leurs salaires. En outre, malgré plusieurs années de paiement des intérêts et remboursement d’une partie du capital, la somme restante due dans leur monnaie nationale est désormais plus importante que la valeur de la maison achetée. C’est la situation dans laquelle pourraient se retrouver sous peu les frontaliers ou Genevois devenus récemment propriétaires en France. Pour cause de franc trop fort, le prix de leur bien immobilier ne couvrira plus l’emprunt en franc. Pire: en cas de chômage, ils seraient indemnisés en euro et éprouveraient les plus grandes difficultés à assumer leur charge hypothécaire.
Un superfranc appauvrit aussi la Suisse dans son ensemble: via l’érosion de la valeur de ses actifs détenus à l’étranger. Depuis quelques années, la balance helvétique des transactions courantes affiche un réjouissant excédent: 86 milliards de francs pour celle de 2010 dont le détail vient d’être rendu public, soit 16% du PIB.
Mais la valeur en franc des actifs détenus hors des frontières a tendance à s’éroder tandis que celle des passifs envers des investisseurs étrangers cherchant refuge chez Dame Helvetia s’alourdit. Les effets ciseaux du change feront encore plus d’une victime.
(Décryptages du 25 août 2011)
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