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L’Union européenne s’apprête à jeter une poignée de sable dans les rouages bien graissés de la spéculation financière. Les achats à nu de CDS (credit default swaps) sur dettes souveraines seront prochainement proscrits. Il devrait donc être interdit d’acheter ou de vendre – notamment à découvert – ces sortes d’assurances sur le risque de défaut d’un Etat; si l’on ne détient pas d’obligations émises par ce pays.
Une tentative pour freiner la spéculation sur les dettes publiques, avec des exceptions prévues pour les pays qui constateraient un manque de liquidités sur le marché de leur dette souveraine. Reste que l’Union européenne jouerait le marchand de sable pourvoyeur de belles histoires aidant à l’endormissement si elle prétendait abolir ainsi toute spéculation sur les emprunts d’Etats. Car les CDS sont souvent traités sur des marchés de gré à gré, non régulés.
En outre, si la détention de CDS sur dettes souveraines par des banques ou fonds de placement installés dans l’Union européenne sera désormais contrôlée, le flou demeurera sur les échanges entre ce monde bancaire placé en pleine lumière et le shadow banking protégeant des opérateurs plus opaques tels que les véhicules d’investissement hors bilan des grands établissements financiers ou les hedge funds gérés en dehors du territoire des Vingt-Sept.
La volonté politique communautaire de limiter la spéculation n’en est pas moins à nouveau clairement affichée, comme elle l’avait été avec l’interdiction temporaire par certains pays membres des ventes à découvert d’actions bancaires. La clarté de ce message est importante pour freiner la propagation de la crise bancaire: elle laisse planer le risque de lourdes pertes que pourraient essuyer les acteurs financiers si de nouvelles interdictions étaient édictées.
Mais au-delà des réelles possibilités de contrôle des dérivés sur dettes souveraines, c’est plutôt une plus grande transparence de ces marchés dans le monde entier qui devrait être visée à terme. Ne serait-ce que pour éviter des déplacements d’activités sous des cieux moins contraignants.
(Décryptages du 27 octobre 2011)
Décidément, les baby-boomers promettent d’influencer les marchés ces prochaines années. Après la perspective peu riante d’une baisse tendantielle de longue durée du cours des actions, pour cause de vente de leurs titres risqués par de très nombreux sexagénaires (voir pages finance du 13 octobre), une autre tendance plus positive se dessine: la hausse des dividendes.
Elle est mise en perspective par Peter Vanderlee, gérant chez ClearBridge Advisors d’un fonds misant, justement, sur les actions d’entreprises distribuant un fort dividende. Il relève, dans une note reprise par AOF, qu’aux Etats-Unis «environ 76 millions de baby-boomers s’apprêtent à prendre leur retraite sans économies suffisantes». Ces futurs retraités cherchent à vivre en partie de la rente de leur capital. D’où une demande importante de titres d’entreprises pratiquant une distribution généreuse du bénéfice.
Demande renforcée par l’attitude des fonds de pension soucieux, eux aussi, d’augmenter le revenu de leur fortune pour servir les rentes promises sans brader les titres en portefeuille. Les sociétés semblent avoir capté le message: «Au deuxième trimestre 2011, le taux de distribution des bénéfices sous forme de dividendes s’est inscrit en hausse de 32,5% par rapport à la même période de 2010», note encore ce spécialiste.
Avec une moyenne de rendement des dividendes de plus de 3% sur le marché suisse cette année, nombre d’investisseurs vont sans doute emboîter le pas des baby-boomers. D’une part, parce que cette génération très nombreuse continue à dicter sa loi dans plusieurs domaines et pourrait modifier les règles du jeu des investissements; en témoignent le foisonnement de fonds de placement misant sur le haut rendement des dividendes et les nouveaux indices qui les suivent.
D’autre part, parce que les épargnants loin de l’âge de la retraite peuvent se permettre de réinvestir régulièrement dans l’achat d’actions les dividendes perçus. Or, avec une telle stratégie appliquée sur le long terme, le dividende constitue généralement la majeure partie du rendement d’une action, loin devant les gains de cours. Par la grâce de l’effet boule de neige des intérêts composés et de l’achat automatique de plus de titres lorsqu’ils sont bradés.
(Décryptages du 20 octobre 2011)
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Tags Technorati: dividendes, Geneviève Brunet, marchés financiers, retraites, seniors
Le Comité de Bâle est loin d’avoir, à ce jour, la certitude que toutes les banques respecteront ses nouvelles normes prudentielles, dites de Bâle III . Alors que les banques américaines n’appliquent toujours pas Bâle II et que Dexia vient d’être démantelée - peut-être la première banque européenne à subir ce triste sort avant d’autres -, la sourde guéguerre menée par les banquiers pour échapper à une partie des nouvelles règles se poursuit en coulisses. L’exigence de constituer des fonds propres de meilleure qualité et de garder suffisamment de liquidités pour survivre à un choc de confiance, tout comme le ratio d’endettement fixant le levier tolérable en proportion de la taille du bilan, limitent la marge de manoeuvre de grands patrons volontiers enclins à sous-estimer les risques systémiques pour mieux doper leurs profits. D’autant que, pour la plupart des établissements financiers européens - habitués jusque-là avec Bâle II à constituer des fonds propres en fonction de risques identifiés par eux-mêmes -, le nouveau carcan est très contraignant. L’effort à fournir pour s’y conformer est pénible. Distribuer moins, voire pas du tout, de dividendes pour stocker les bénéfices, réduire la taille du bilan - donc le nombre d’affaires possibles - ne sont du goût à court terme ni des actionnaires ni des dirigeants qui voient fondre la valeur de leurs rémunérations variables en actions et options. Dans son effort pour convaincre que la sévérité des régulateurs n’est pas forcément pertinente, la revue Conjoncture de BNP Paribas a publié, en juin, une étude intitulée «Bâle III n’aura peut-être pas les vertus de la lance d’Achille», en référence à cette arme dotée de la vertu de guérir les blessures qu’elles avaient infligées. Et d’expliquer que les nouvelles exigences réduiront la quantité de crédit disponible dans les économies européennes et en augmenteront le coût. Reste que le contribuable - instruit par la violente baisse des actions bancaires pendant l’été, le nouveau sauvetage de Dexia et le coût du Fonds européen de stabilité financière - retiendra plutôt que «les banques européennes présentaient un déficit de 1000 milliards d’euros d’actifs liquides à la fin de 2009». En espérant que, dans ce super bras de fer, le Comité de Bâle saura jouer des muscles.
(Décryptages du 13 octobre 2011)
Marasme boursier. La retraite des baby-boomers nous préparerait de longues années de non-performance des actions.
La retraite des baby-boomersnés entre 1946 et 1964 - va provoquer une baisse de 13% de la valeur des Bourses américaines durant la prochaine décennie, selon une étude de la Réserve fédérale de San Francisco*.
Et pour cause: cette génération, très nombreuse, a massivement investi en Bourse pour préparer sa retraite, provoquant un triplement des PER (Price Earning Ratios) - de 8 à 24 - entre 1981 et 2000, ont calculé Zheng Liu et Mark Spiegel.
Les deux dernières décennies du XXe siècle constituent justement la période où de nombreux baby-boomers avaient entre 40 et 49 ans (middle-age cohort): l’âge de l’épargne en actions.
Mais, depuis les années 2000, les PER décroissent, parallèlement à l’augmentation de la tranche d’âge des 60-69 ans (old-age cohort) par rapport à celle des 40-49 ans dans la population.
Les auteurs ont baptisé M/O ratio ce rapport entre le nombre de personnes au sommet de leur capacité d’épargne en actions et celui des nouveaux retraités qui vendent les titres accumulés jusque-là. Or, selon eux, ce ratio expliquerait à lui seul 61% des mouvements des PER. De quoi provoquer un sérieux coup de froid aux corbeilles!
Patience jusqu’en 2027. Les auteurs prévoient un déclin de 13% en termes réels de la valeur des actions américaines entre 2010 et 2021. Selon eux, les Bourses ne retrouveront leur valeur de 2010 - hors inflation - qu’en 2027.
Lueur d’espoir pour les générations suivant celle des baby-boomers: leurs actions ne seront pas sinistrées jusqu’à l’heure de leur propre retraite... Les calculs des auteurs suggèrent que, en 2030, la valeur réelle des actions devrait être 20% plus élevée qu’en 2010.
Le rebond serait donc violent après 2027. Trop tard, toutefois, pour assurer une retraite confortable aux quinquagénaires qui auront, d’ici, là atteint les rives du grand âge. La situation ne serait pas plus réjouissante pour les Bourses japonaises et européennes, en raison d’un vieillissement plus marqué des populations sur fond de faible natalité.
En Europe, comme aux Etats-Unis, les fonds de pension ou les épargnants individuels vont vendre des titres ces quinze prochaines années pour financier les rentes de vieillesse. Ils risquent fort, ce faisant, de déclencher une spirale à la baisse sur les Bourses.
Les investisseurs BRIC à la rescousse? L’étude suggère que le pire n’est pas certain, car les habitudes d’investissement des habitants des pays émergents pourraient évoluer.
Même si les placements en actions sont majoritairement effectués sur des titres des entreprises du pays de domicile, les nouvelles classes moyennes des pays BRIC pourraient investir aux Etats-Unis et en Europe pour diversifier leurs placements. Reste que certains de ces pays, comme la Russie ou la Chine, seront soudainement confrontés, eux aussi, à un vieillissement rapide.
L’espoir pourrait donc venir du Brésil ou de l’Inde. Par ailleurs, les épargnants âgés des pays développés - découragés par les faibles valorisations des actions - pourraient prolonger au-delà de l’âge de la retraite leur période d’épargne en titres risqués, freinant ainsi la chute des cours.
* «Boomer Retirement: Headwinds for U.S. Equity Markets?». De Zheng Liu, Mark Spiegel. FRBSF Economic Letter.
www.fsnsf.org/publications/economics/letter/2011/el2011-26.html
Rédigé à 05:45 dans Placements | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: baby-boomers, bourses, Genevieve Brunet, PER, placements
Nous y voilà: les valorisations des titres du S&P 500 sont un quart en deçà de leur niveau moyen au cours des neuf récessions précédentes, relève Bloomberg. Ces actions se traitent à un P/E de 10,2 fois les bénéfices espérés pour 2012 contre une moyenne de 13,7 pendant toutes les autres contractions de l’économie depuis 1957.
Sur cette base, on attend les appels à l’achat des «stratégistes» grassement payés par nos banques arguant de «sous-valorisation» des actions rendant ces dernières «attractives». Les mêmes – que nous aurons la charité de ne pas citer ici nommément – qui claironnaient en début d’année que les actions avaient un potentiel de valorisation de 15 à 20% en 2011. Quand ils ne réitéraient pas ces perspectives optimistes début juillet...
Certes, un rebond sur les marchés boursiers ces prochaines semaines n’est pas exclu, voire probable; mais persister à utiliser les mêmes logiciels mentaux pour analyser les actifs financiers que ceux valables avant 2007 tient soit de la méthode Coué, soit de la malhonnêteté intentionnelle! Il s’agit à tout le moins de changer de disque. La crise en cours n’est pas une sévère récession.
C’est une grande correction, aussi grave que celle de 1929. Dans This time is different, publié en 2009, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart avertissaient que la résorption de l’énorme bulle de crédit gonflée jusqu’en 2007 passerait par des dévalorisations massives d’actifs.
Les publications Agora l’affirment depuis 2006. Le bulletin d’anticipation GEAB – qui annonçait une crise du système financier mondial dès février 2006 – estimait au 1er semestre qu’il y avait encore 15 000 milliards de dollars de survaleur à effacer. Depuis le sell-off de l’été, une bonne partie s’est envolée.
Sans prêter systématiquement l’oreille aux très pessimistes, il convient de se souvenir que le krach de 1929 ne s’est pas limité aux pertes du jeudi noir: les Bourses n’ont retrouvé leur niveau d’avant-crise qu’au début des années 50. Plus près de nous, la bulle japonaise des années 80 n’en finit pas d’imploser: à quelque 8500 points, le Nikkei est très loin de son sommet de près de 40 000 atteint fin 1989. A long terme, les actions affichent des plus-values. C’est vrai, à condition d’avoir la bonne définition du long terme.
(Décryptages du 6 octobre 2011)
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