A peine l’accord européen conclu, les matières premières ont flambé. Reste à savoir si l’embellie sera durable.
Plus de 20% d’augmentation du prix du cuivre en une semaine, + 13% pour l’argent, + 8,7% pour le palladium, + 8,5% pour le platine et une once d’or crevant le précédent plafond de 1700 dollars avec un gain hebdomadaire de 5,7%: les matières premières ont salué par un fort rebond la conclusion de l’accord entre dirigeants européens à propos de leurs dettes souveraines.
D’autant que des indicateurs économiques venus des Etats-Unis et de Chine semblaient, dans le même temps, éloigner quelque peu le spectre d’une plongée en récession de la première économie mondiale et celui d’un atterrissage par trop brutal de son challenger asiatique engagé dans une sévère bataille contre l’inflation.
Ce regain d’optimisme sur les perspectives économiques planétaires explique d’ailleurs aussi l’embellie sur les marchés d’actions, sur fond de diminution de l’aversion au risque. Reste qu’une hausse de 20% du prix du cuivre – métal industriel considéré comme un bon indicateur de sentiment à propos de la croissance mondiale, puisqu’il entre dans nombre de productions et est indispensable à la construction – constitue la plus forte progression hebdomadaire depuis 1986.
Peut-être un brin excessif, même si la demande chinoise explique en partie cette flambée. Spécialiste des matières premières chez Saxo Bank, Ole Hansen indique dans son dernier commentaire spécialisé que cette subite flambée s’explique en grande partie par la reconstruction de positions sur les matières premières. Il relève que, selon les données de Barclay’s, les investisseurs avaient retiré 10 milliards de dollars des matières premières pendant le seul mois de septembre.
La reconstitution de positions longues par les fonds d’investissement et autres hedge funds explique donc la brutalité de la hausse des prix sur la semaine écoulée «notamment pour le cuivre, l’argent et le WTI crude». Reste à savoir si cette récente progression des prix est la première phase d’un rallye durable ou pourrait rapidement se transformer en feu de paille?
Selon cet expert répondre à cette interrogation revient à se poser une autre question: «Les Européens en ont-ils fait assez pour regagner durablement la confiance des investisseurs envers leurs dettes souveraines?»
Marché des obligations souveraines en ligne de mire. Car le véritable indicateur à surveiller ces prochaines semaines pour juger du futur appétit pour les actifs risqués sera bel et bien le marché des obligations souveraines européennes. Or, sur ce terrain, les investisseurs semblent plutôt opter pour la prudence. Ole Hansen note que les taux d’intérêt sur les dettes souveraines italienne et espagnole restent élevés.
Signe sans doute que les investisseurs attendent de connaître les détails d’un accord dont seules les grandes lignes – notamment la réduction volontaire par les banques de 50% de la valeur des titres de dette grecque qu’elles possèdent, les promesses de recapitalisation des banques européennes les plus fragiles et l’augmentation de la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière – ont été rendues publiques.
Même scepticisme de Philippe Béchade qui souligne dans son «Edito matières premières» du 31 octobre que «la prime des CDS sur l’Italie continuait à se tendre jeudi». Mieux vaut donc attendre un peu avant de miser sur un rallye durable des matières premières.
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