La Belgique propose à ses citoyens de faire oeuvre de civisme en... achetant de la dette publique. Le royaume lance un grand emprunt offrant des taux de 3,5%, 4% et 4,2% pour des titres à 3, 5 ou 8 ans. Alors que ce pays doit débourser du 5,7% pour se financer à 10 ans sur les marchés, convaincre nombre de ses habitants de soutenir directement l’Etat permettrait d’alléger sa charge financière. L’initiative de Bruxelles fait écho à l’appel lancé par un entrepreneur italien suggérant à ses compatriotes de faire baisser le coût de la dette de Rome en achetant des obligations souveraines sur le marché secondaire.
Idée rapidement soutenue par plusieurs patrons transalpins et par l’Association bancaire italienne: les banques se sont engagées à ne pas percevoir de commissions sur de tels achats durant «la journée des Bons du Trésor». En France, un financier imaginatif proposait il y a peu dans le Cercle du journal Les Echos une sorte d’impôt spécial sur le patrimoine des Français – domiciliés dans l’Hexagone ou à l’étranger – sous forme de souscription d’obligations d’Etat; arguant qu’une dette publique de 1600 milliards d’euros n’est pas si lourde en regard des 10 000 milliards de patrimoine des ménages. Et pour que la ponction soit quasi indolore, il suggérait que les intérêts versés ensuite par l’Etat aux souscripteurs soient libres d’impôt!
Un tel contrat citoyen dans des pays vieillissants pourrait devenir gagnant-gagnant: des coupons non taxables apporteraient un complément bienvenu à des retraites menacées d’être rognées pour cause de... crise de la dette. Quant à l’espoir d’être un jour remboursé du principal, il serait transmis aux générations suivantes, entretemps moins étranglées par le poids des emprunts publics souscrits par leurs aînés. Certes, l’inflation pourrait éroder l’épargne ainsi placée.
Sans doute pas plus douloureusement que de futurs lourds impôts si la dette explosait. De plus, une dette d’Etat majoritairement détenue par les citoyens du pays n’affole guère les marchés; d’où des taux d’intérêt plus doux. Très peu d’investisseurs internationaux s’inquiètent de l’énorme dette nippone, essentiellement souscrite à domicile. Les Japonais seront ainsi contraints de négocier entre eux les sacrifices à répartir entre générations.
(Décryptages du 1er décembre 2011)
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