La démission de Philipp Hildebrand de la présidence de la direction générale de la Banque nationale suisse était devenue inévitable. Même s’il a respecté la lettre du règlement de la BNS, il a manqué de sens politique en en bafouant l’esprit. Reste que les dommages collatéraux pour la Suisse sont loin d’être négligeables.
Le premier est évident: la protection de la sphère privée du client – régulièrement présentée comme un impératif culturel dans les banques helvétiques - apparaît bien fragile. Si elle protège si mal d’éminentes personnalités suisses ; quid de riches, mais anonymes, clients étrangers? Il sera désormais difficile de convaincre ces derniers que la discrétion est une valeur sûre en Helvétie.
Surtout, le président de la BNS avait été nommé en novembre vice-président du FSB, le Conseil de stabilité financière chargé par le G20 d’instaurer des mesures propres à éviter une nouvelle crise du système financier mondial. Son président Mark Carney, par ailleurs président de la Banque du Canada, a rapidement indiqué que Philipp Hildebrand avait été désigné ad personam à ce poste et qu’il y était irremplaçable. La Suisse perd ainsi un précieux acteur dans ce cénacle où se décide la régulation à venir de la finance.
Or, une des priorités affichées du FSB est de jeter un coup de projecteur sur les activités du «shadow banking» qui pourraient, selon diverses estimations, être aussi importantes que celle du secteur régulé. Et pour cause: cette finance de l’ombre englobe toutes les transactions financières effectuées par des entités qui, ne recevant pas de dépôts du public, ne sont pas soumises à la régulation bancaire. Parmi elles: les hedge funds, mais aussi les fonds monétaires, les fonds de Private Equity, les fonds de pension ou les « Special Purpose Vehicules (SPV)», ces véhicules spéciaux de titrisation créés par les banques pour sortir du risque de leur bilan. La crise de 2008 a toutefois montré que ce risque leur revenait très vite! Or, les deux grandes banques suisses, ayant une importante banque d’affaires, sont clairement concernées par les prêts au «shadow banking». Tout comme elles sont intéressées à ce que les normes de Bâle III soient appliquées de manière uniforme alors que, pour l’heure, elles doivent déjà respecter des niveaux de fonds propres supérieurs à ceux exigés de leurs homologues américaines ou européennes. L’absence de Philipp Hildebrand sur la scène internationale pourrait être très vite regrettée par les acteurs de la place financière suisse.
(Décryptages du 16 janvier 2012)
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